Alchimie, de la matière à l'esprit

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Alchimie, de la matière à l'esprit
Philippe Laurent

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Contrairement à certaines idées reçues, l’alchimie n’est pas tantôt une opération matérielle, tantôt une discipline spirituelle ou psychique. Elle est Une : autrement dit, elle est l’art de travailler sur le vivant, quelle que soit la forme qu’il revête. Ainsi, le véritable art alchimique est l’art de la transmutation qui conduit lentement la matière brute vers l’état de perfection. Tout être humain est donc, qu’il en soit conscient ou non, un alchimiste œuvrant à la sublimation qui élève sa conscience.

Mais quelles sont les étapes psychiques et spirituelles à franchir et comment les traverser afin d’atteindre la « Pierre philosophale », c’est-à-dire la claire conscience libérée de toutes les vaines agitations du mental ? Ce livre expose en des termes clairs et simples les prises de conscience nécessaires, le travail à effectuer sur la purification des pensées et la pacification du mental, la nécessité de s’entraîner à vivre pleinement les circonstances de notre vie et à les contrôler. Un tel travail ne peut atteindre son but ultime qu’en s’appuyant sur la méditation et sur le développement des facultés inhérentes à l’âme. Et lorsque ce travail de chaque instant est parachevé, l’alchimiste « devient un intermédiaire par qui passe l’influence divine pour réaliser ce pour quoi il est finalement destiné »

 

TABLE DES MATIÈRES

Alchimie, alchimies

Quatre éléments, trois principes

Le grand œuvre alchimique

L’alchimie comme voie de transformation spirituelle

Étapes et procédés

Un dernier mot

 

Extraits du livre

 

Ainsi, ami lecteur, reconsidérons les anciens traités d’un œil neuf, en ne perdant jamais de vue le fait que l’alchimie est une science à vocation universelle. L’alchimiste peut travailler avec n’importe quelle matière, pourvu qu’il ait bien à l’esprit les principes de l’art d’Hermès, tels que nous les avons brièvement esquissés plus haut. En fonction de ce choix initial, le résultat sera certes différent, et n’aboutira pas nécessairement à une pierre aux facultés transmutatoires. Dans certains cas il s’agira plutôt d’un élixir philosophal, mais aux propriétés toujours hors du commun qu’il conviendra parfois de préciser au terme de plusieurs expérimentations. C’est ainsi que nombreux sont les alchimistes qui s’attachent à mettre au point des remèdes principalement issus du monde végétal, en se livrant à cette branche particulière de l’alchimie que l’on nomme traditionnellement spagyrie, ou alchimie à visée thérapeutique. Une fois la matière choisie, les grandes étapes du travail sont toujours très semblables. Ces sont les fameuses « œuvre au noir », « œuvre au blanc », et « œuvre au rouge ». La première consiste en une décomposition de la matière, la seconde à sa purification, et la troisième à sa sublimation, cette dernière étape aboutissant à une forme ou une autre de pierre ou d’élixir philosophal.

Afin d’illustrer ce processus, nous allons explorer ensemble (ou plutôt survoler) un traité classique, surtout célèbre pour ses magnifiques illustrations, le Splendor Solis, littéralement « splendeur du soleil ». Resté sous forme de manuscrit sur parchemin, on le date en général du début du XVIème siècle, et il est apparu pour la première fois à Berlin en 1532. Son nom d’auteur, évidemment pseudonyme, est Salomon Trismosin, à qui l’on attribue également La toyson d'Or ou la Fleur des Thresors traduit en français en 1612. Cet auteur est considéré parfois comme le maître de Paracelse.

L’ouvrage se présente comme un compendium, une somme de ce que l’alchimie opérative avait de meilleur, et destiné à faire la synthèse des auteurs les plus sûrs, c’est pourquoi il revêt un intérêt certain pour l’étudiant contemporain, même débutant en alchimie. Il lui permettra d’approfondir les notions de base que nous venons de résumer. Tentons donc une « synthèse de la synthèse » et entrons dans l’esprit si particulier qui animait les Adeptes de la Renaissance.

 

***

 

Les anciennes gravures alchimiques représentent souvent un chevalier armé d’un glaive qui combat un dragon ailé crachant des flammes. Or ce dragon se trouve généralement près de l’entrée d’une grotte ou d’une caverne, et ce n’est certes pas un hasard. Cet antre infra-terrestre n’est autre que le tréfonds de notre personnalité, que l’on peut plus ou moins assimiler à notre inconscient, mais dans un sens plus large que dans son acception psychanalytique. Ce lieu intime, secret parmi tous, renferme à la fois les représentations souvent conflictuelles, voire douloureuses, de notre existence, et les pulsions, mouvements énergétiques liés à notre force vitale ayant leurs propres lois et leurs propres exigences. Exigences souvent en contradiction avec ce que nous imposent l’éducation et les règles sociales. Entre céder à ses pulsions de façon aveugle et désordonnée, d’une part, et les réfréner systématiquement au nom d’une loi rigide et inadaptée d’autre part, se trouve le moyen terme, celui de l’Initié, celui de l’Alchimiste. Ce dernier va « dompter le dragon » en dirigeant son énergie dans le sens du Bien et du Vrai.

La chenille qui devient chrysalide puis papillon effectue sa métamorphose en obéissant à une nécessité impérieuse : passer de l’état d’animal rampant à celui de créature volante, céleste. Autrement dit, elle gagne une dimension supplémentaire en passant du plan au volume, de la matière à l’espace. Elle n’abandonne pas sa nature primordiale, mais se répand et participe à ce qui la dépasse, au « plus grand que moi ». Pour l’homme et la femme en quête spirituelle, ce travail consiste à passer du Moi (l’ego) au Soi (la nature transcendante de son être). On aurait tort de ne voir là qu’une abstraction philosophique ou symbolique. D’éminents chercheurs ont appliqué ce processus au champ traditionnellement dévolu à la psychologie, dont le psychiatre suisse Karl Gustav Jung, auteur d’une œuvre considérable encore injustement méconnue, voire décriée. Il a pourtant été l’un des très rares à établir un pont solide et argumenté entre psychologie clinique et spiritualité, en replaçant l’esprit et la transcendance au cœur même du processus psychique. Car pour lui comme pour d’autres, la psychologie est bien la « science de l’âme », comme l’a bien montré dès ses débuts l’étymologie même du terme.

Accéder au Soi, c’est abandonner au moins pour un temps le mental omniprésent pour accéder à un état que l’on peut rapprocher de la contemplation pure, échappant à l’emprise des mots et des concepts. Pour l’illustrer, nous reprendrons la symbolique de la Rose-Croix, qui a toujours été assimilée au processus alchimique.

La rose qui fleurit sur la croix est le symbole de l’Imago Dei, le point fixe autour duquel tout circule, et le miroir sur lequel se reflète la gloire de l’Eternel. Accéder à ce centre absolu c’est, comme nous l’avons vu, faire l’expérience de l’Unité. En termes psychologiques, c’est accéder au Soi, et plus exactement au Soi observateur : l’endroit symbolique à partir duquel on peut contempler en toute lucidité à la fois la réalité des expériences vécues et les mouvements de notre perception et de notre pensée discursive. Ainsi l’on peut prendre conscience du « bruit mental » qui s’agite si souvent en nous sans même que nous nous en rendions compte. Que nous marchions, que nous travaillions, que nous soyons chez nous sans rien faire, nous sommes si souvent la victime de nos ruminations… Un « animal psychique » bien étrange s’agite alors dans notre mental et en prend possession. Les Bouddhistes utilisent à son sujet l’image d’un petit singe sautant d’arbre en arbre en poussant des cris stridents, et donnant l’impression de ne jamais vouloir se reposer.


Auteur : Philippe Laurent

Editeur : Philippe Laurent

12,5 x 16,5 cm - 94 pages