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Extrait du chapitre : LE PHILOSOPHE

 Nicolas Roerich avait donc sa philosophie personnelle, profondément spirituelle, qui intégrait les éléments du bouddhisme, de l’hindouisme, du panthéisme, de la théosophie, de la religion orthodoxe russe et même de la relativité. En tant que philosophie, la relativité tire ses racines des philosophies orientales, et tout particulièrement le jaïnisme et le bouddhisme. Du reste, Einstein écrivit à ce propos un article intitulé Religion and Science, qui parut dans le New York Times Magazine le 9 novembre 1930. Ouspensky, le grand philosophe russe contemporain de Roerich, adhérait à ce principe de « non-séparation » et de coexistence entre toutes les choses dans une quatrième dimension. Mais si Roerich était parfaitement convaincu du bien-fondé de la science, pour lui elle ne pouvait tout expliquer, et notamment les forces intérieures qui s’expriment au travers de l’art ou de la musique.

(…)

Lorsque Nicolas Roerich fut élu président suprême de la Ligue mondiale de la culture aux États-Unis, dans son discours d’introduction, il déclara devant le président de la nation et l’assemblée : « La culture est le reflet de la lumière. La culture est l’amour de l’humanité. La culture est comme un parfum ; elle est l’unité de la vie et de la beauté. Si l’on rassemble toutes les définitions de la culture, nous arrivons à la synthèse de la félicité, à l’autel de l’illumination et de la beauté constructive. […] L’humanité ne connaîtra aucune panacée plus élevée que la culture, car elle rassemble toutes les finalités de la créativité. […] La culture est dans son essence même au service de la lumière. Elle repose sur la beauté et la connaissance. Elle croît au travers des réalisations de la Sainte Hiérarchie de la Lumière. »

Extrait du chapitre : LE PACTE ROERICH ET LA BANNIERE DE LA PAIX

Cette noble idée, le professeur Roerich la développe ainsi dans une déclaration adressée au New York Times : « Par divers moyens, l’humanité cherche à établir une paix durable et au fond de leurs cœurs, les hommes comprennent que ces efforts annoncent une ère nouvelle. Ces promesses de l’avenir font paraître choquantes les discussions relatives aux mérites comparés d’engins de destruction, ou à la possibilité de remplacer les canons de deux cuirassés par un seul navire de guerre d’un type nouveau. Néanmoins, ne perdons pas courage : considérons que discuter un équilibre d’armements, c’est s’acheminer vers une paix mondiale qui régnera le jour où les créations lumineuses et joyeuses de l’intelligence auront dompté les instincts belliqueux de l’humanité. […] « Nous répétons souvent que la pierre angulaire de la civilisation de l’avenir repose sur la Beauté et le Savoir. Maintenant, nous devons transformer cette pensée en actes, et agir rapidement. […] En suivant cette voie, nous ferons un pas décisif vers l’harmonie universelle et la paix entre les nations. »

Extrait du chapitre : UN TALENT AUX MULTIPLES FACETTES

Les remarquables talents de Roerich vont faire merveille dans un autre domaine d’expression : celui des arts de la scène, où il excellera tout autant. Nicolas Roerich avait conçu ses premiers décors d’opéra pour la Walkyrie de Wagner en 1907. On ne les lui avait pas commandés et ils ne furent jamais exécutés pour la scène, mais la musique l’inspirait tant qu’il ne put résister à l’envie d’en imaginer l’expression visuelle. Il sentait que peinture et musique étaient intimement liées, car il était à même d’en percevoir les vibrations dans toute leur subtilité, et ce ressenti faisait merveille. Voici comment il décrivait la manière dont il trouvait les correspondances entre la musique d’un opéra ou d’un ballet et la tonalité du décor : « Je ne peins jamais les décors d’un opéra ou d’un ballet sans d’abord m’être intimement familiarisé à la fois avec le livret et la musique. J’étudie les deux en profondeur afin de saisir l’esprit de chacun d’eux, lequel se doit d’être le même pour que l’œuvre soit grande et durable. M’étant imprégné de l’idée centrale — l’inspira- tion qui est à l’origine de l’œuvre — et lui ayant permis de prendre possession de moi, j’entreprends alors d’exprimer dans ma peinture la même pensée, la même inspira- tion, qu’ont exprimé le compositeur et le librettiste dans la musique et le texte. J’éprouve une sympathie parti- culière pour la musique et, tout comme le compositeur choisit d’abord une certaine tonalité lorsqu’il écrit sa partition, de même je peins dans une certaine tonalité, ou peut-être devrais-je dire un leitmotiv de couleurs sur lequel je fonde tout mon travail2. » Les pièces, les opéras et les ballets dont il accepta de concevoir les décors et les costumes faisaient tous écho, d’une manière ou d’une autre, à la thématique, à l’esprit et à l’imagerie de ses tableaux : le monde primitif, le Moyen Âge, les contes et légendes du passé, de même qu’à l’authenticité du détail ethnographique, archéologique et architectural. Ainsi fut-il bien récompensé lorsqu’en 1921, la revue Kunst und Dekorazion (Art et Décoration) de Darmstadt, qui avait eu connaissance des décors de la Walkyrie, les qualifia comme « les plus beaux décors jamais réalisés pour un opéra de Wagner ».

Extrait du chapitre  : LE VOYAGE INITIATIQUE

Tout au long du périple, Nicolas Roerich, son épouse et leur fils avaient été instruits de nombreuses légendes ayant trait au bouddhisme ou à d’autres cultes anciens. À Srinagar leur fut rapportée par des musulmans une curieuse légende qui s’était répandue en Inde, au Ladakh et en Asie centrale, à propos du Christ, qu’ils appelaient Issa. D’après cette légende, le Christ ne serait pas mort sur la croix, ses disciples l’emmenèrent pour le soigner, puis le transportèrent à Srinagar, où il enseigna. Il serait mort dans cette cité et enterré dans le soubassement d’une maison privée. Depuis se produisaient des miracles et des arômes subtils parfumaient l’air. L’approche des monastères au Sikkim était en soi pour Roerich un véritable pèlerinage empreint de recueillement, c’était un voyage intérieur. La situation des saints édifices n’avait jamais été choisie au hasard et la montagne les abritait tel un écrin. Chaque sommet montagneux était couronné d’un magnifique mendong6 orné des roues de la vie et de textes de prières sculptés. Des niches servaient de sièges aux lamas et aux voyageurs qui voulaient méditer face à l’immensité. Le monastère de Tashiding était situé dans un site exceptionnel, sur un mont dominant une vaste vallée entourée de collines et de rochers fantastiques. Au centre s’élevait une montagne qui semblait inaccessible, la Pierre blanche, où avait été érigé l’édifice dont le nom signifiait « Vallée ouverte sur le ciel ». Là étaient cachés de nombreux trésors : livres sacrés, une pierre miraculeuse, des centaines d’images de Bouddha, l’amrita — l’élixir de vie —, ainsi qu’un ancien manuscrit, Le Voyage au Sikkim. Le monastère comportait deux temples situés l’un au-dessus de l’autre, le temple supérieur étant dédié à Bouddha, qui représente le ciel, et le temple inférieur à Padmasambhava, qui représente la terre.

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